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AIE
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Si Manuel Valls a dressé un tableau si noir du continent, c'est surtout pour convaincre ses pairs européens d'être plus souples dans l'application du pacte de stabilité, et donc dans la lutte contre les déficits.

«Le risque de déflation est réel» en Europe. Avec cette phrase, prononcée en clôture du séminaire de vendredi, Manuel Valls a dramatisé comme jamais la situation. Car la déflation, c'est une boucle infernale de baisse des prix et des salaires, qui mine l'économie. Un mal contre lequel le Japon essaye de lutter depuis plus de vingt ans. La publication jeudi d'une inflation annuelle d'à peine 0,4 % en zone euro en juillet a effectivement de quoi inquiéter. Mais si Manuel Valls a dressé un tableau si noir du continent - «l'écart se creuse avec le reste de monde», a-t-il insisté -, c'est surtout pour convaincre ses pairs européens d'être plus souples dans l'application du pacte de stabilité, et donc dans la lutte contre les déficits.

Dans les faits, l'économie européenne se redresse peu à peu. L'Allemagne se porte bien. Les pays frappés par la crise de 2010 sortent la tête de l'eau: le chômage régresse en Irlande, au Portugal, en Espagne (même si les niveaux restent élevés). Quant à la charge de Manuel Valls contre la Banque centrale européenne (BCE), qualifiée «d'impuissante» face à la faible inflation, elle est pour le moins étonnante, l'institution ayant baissé ses taux en juin, tout en annonçant des mesures pour stimuler le crédit.

En vérité, un pays va mal en Europe: la France. Un marasme résumé par la hausse continue du chômage, qui a encore frappé 9400 personnes supplémentaires en juin. Le gouvernement, qui admet désormais la gravité de la situation hexagonale, va très probablement devoir réviser à la baisse ses prévisions de croissance économique pour 2014 et 2015, aujourd'hui fixées à 1 % et 1,7 %. Il attendra toutefois que soit connue, le 14 août, la hausse estimée du PIB pour le deuxième trimestre.

Demandes de «souplesse»


Moins de croissance, c'est davantage de déficit public… à moins d'accentuer les efforts de rigueur. Or précisément, le gouvernement Valls ne veut pas relever les impôts, ni aller au-delà des 50 milliards d'euros d'économies déjà programmées. Il préfère que la France ne respecte pas son engagement européen de ramener son déficit public à 3 % du PIB en 2015.

Reste tout de même à convaincre les autres pays de la justesse de cette politique. Le gouvernement s'y attelle et compte notamment sur le soutien de l'Italie (Michel Sapin, le ministre des Finances, était à Rome jeudi). Mais vues de Berlin, les demandes de «souplesse» formulées par la France sont accueillies avec agacement. Angela Merkel refuse catégoriquement de revoir les règles prévues par le pacte de stabilité. «Les flexibilités existent», répète-t-on avec constance. Pour la chancelière, c'est la non-application des traités qui est à l'origine de la crise économique en Europe et c'est le non-respect des règles communes qui mine la confiance.

Mais l'intransigeance allemande sur le fond n'empêche pas une certaine tolérance dans les faits, à condition que les réformes soient engagées dans la bonne direction. Pour l'instant, Berlin juge positivement les efforts de Paris. Mais il n'est pas certain qu'Angela Merkel soit prête à accorder plus de clémence à Paris, tant que les résultats ne seront pas là.

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