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Depuis octobre 2008, la finance s’est goinfrée comme jamais. Comme l’économie réelle agonise, elle fait donner son lobby pour que ça dure… C’est à croire qu’ils se sont donné le mot. Sur tous les tons et sous toutes les latitudes, le discours dominant des élites économiques institutionnelles (FMI, Banque Mondiale, Commission Européenne et grandes banques centrales…) n’en a plus que pour le risque de déflation, et son épouvantable corollaire, la «dépression », de préférence, aussi grande que celle – apocalyptique – de la fin des années 20. Lire: La Reine Christine veut davantage d'inflation en Europe Comme il s’agit d’éléments de langage manifestement destinés à foutre les chocottes aux peuples déboussolés, étape préalable à leur éviscération à coups de ponctions fiscales confiscatoires, on ne s’encombre pas de détails inutiles. C’est ainsi par exemple qu’on chercherait vainement dans le discours officiel, la moindre allusion aux deux années de déflation ayant suivi outre-Rhin, la faillite de la banque Darmstädter le 13 juillet 1931. Pas plus à la grave crise de liquidité – tiens tiens…- du secteur bancaire qui s’en est suivie et à sa propagation rapide à l’ensemble de l’industrie teutonne… Pas d’avantage d’allusion –le sujet est trop sensible de ce côté-ci du Rhin – à l’augmentation du chômage de près de 7 millions de personnes sur l’autre rive, aux 4 lois d’urgence dont la dernière du 8 décembre 1931, et à l’apothéose des douze années de national-socialisme.

Une discrétion troublante compte tenu de la puissance évocatrice de l’épouvantail dont disposent les lobbyistes de la finance pour justifier la mobilisation générale contre la déflation, et donc en faveur d’une inflation raisonnable, la meilleure garante du statuquo aux yeux des bénéficiaires du système. Il est vrai qu’entrer dans les archives de la « Grande Dépression » nécessiterait une digression pas forcément opportune sur l’hyperinflation de 1923 qui explique aujourd’hui encore en grande partie, l’attitude intransigeante de notre voisin et premier partenaire commercial, lorsque Super Mario Draghi fait mine de mettre en marche ses imprimantes à Euros pour soutenir, dit-on, une progression harmonieuse de la masse monétaire compatible avec un objectif de 2 à 3% d’inflation en Europe.

Bref, que faut-il penser des appels concertés du lobby de la finance, en faveur de mesures de lutte contre le risque de déflation ?

En outre, la dépression est-elle comme l’affirment les experts mobilisés pour l’occasion, son corollaire systémique ?

UN DISCOURS CONTREDIT PAR LES FAITS

Trop unanime pour être honnête, le discours faisant de la dépression, le copycat mécanique de la déflation, mérite qu’on s’y penche de plus près. Loin des démonstrations fumeuses voire des affirmations sans preuve, les travaux d’Andrew Atkesson et Patrick Kehoe par exemple, deux professeurs d’universités par ailleurs membres de la Federal Reserve Bank de Mineapolis (« Deflation and Depression : is there an empirical link ? ») sont rarement évoqués par les porte-voix empressés de la finance conservatrice ; et pour cause. Petit cours sur la déflation by xavierbk Ils concluent qu’à l’exception de la Grande Dépression de 1929 à 1934, les chiffres qu’ils ont compilés pour 17 pays et sur une bonne centaine d’années (pour la France, de 1820 à 2000, excusez du peu) démontrent qu’il n’existe aucune corrélation significative entre la « déflation » (un taux moyen négatif d’inflation) et la « dépression » (un taux moyen négatif de croissance du PIB). Pour rendre l’analyse plus homogène encore, ils ont regroupé par tranche de 5 années, la longue séquence d’observations historiques sur laquelle portent leurs calculs. Et concluent preuve à l’appui qu’exception faite du Japon, pour lequel les conclusions nécessiteraient des explications plus complexes, 90% des périodes de déflation n’ont pas été suivies de dépression.

POURQUOI TANT D’EMPRESSEMENT ?

Compte tenu de ce qui précède, on peut donc s’interroger sur la raison du matraquage auquel nous sommes soumis depuis plusieurs semaines. Et les hypothèses hélas, ramènent à la volonté farouche du secteur bancaire de demeurer assuré que, quoi qu’il arrive, les banques centrales (américaine et européenne pour l’essentiel) les gouvernements nationaux et les dispositifs internationaux les plus récents à défaut d’être les plus imaginatifs (« Union Bancaire ») garderont la tête hors de l’eau de celles, imprudentes, qui se seront aventurées dans des eaux tumultueuses.

La raison véritable de l’inquiétude des banques centrales au sujet du risque déflationniste, c’est qu’elle rend inefficaces un certain nombre d’outils de la politique monétaire dont le secteur bancaire a été, depuis la crise d’octobre 2008, le premier si ce n’est l’unique bénéficiaire réel. Lire: A quel jeu joue la BCE Au-delà, et gardant à l’esprit que les principales victimes de la déflation sont les producteurs et les consommateurs endettés du fait de la baisse de leur revenu et du maintien de leurs dettes, c’est d’évidence le « mythe n°6 » de l’article –délibérément provocateur – du professeur Jörg Guido Hülsmann qui se réclame de l’Ecole Economique Autrichienne et l’enseigne à l’Université d’Angers, (« Deflation and Liberty »paru en 2008 et traduit en français en 2012 par l’Institut Turgot sous le titre « Faut-il avoir peur de la déflation ? ») dont nous ne saurions trop recommander la lecture rafraichissante, qui nous fournit la meilleure explication de la peur panique qu’inspire le risque déflationniste au gouvernements économiques mondiaux : « Mythe n°6 : ‘la déflation détruit le crédit de l’Etat’ : entendue comme contraction de la masse monétaire, la déflation certes, rend impossible le remboursement des dettes publiques. Il sera ensuite, pendant un certain temps, impossible au gouvernement d’obtenir de nouveaux crédits. Mais c’est un mythe de croire que nous devons attendre la déflation pour arriver à ce résultat. Les dettes publiques sont en croissance exponentielle au point qu’aucun fonctionnaire ne parle même de les rembourser. Les gouvernements occidentaux sont déjà sur une pente glissante qui finira inévitablement, soit dans l’hyperinflation, soit dans la faillite de l’Etat. C’est juste une question de temps, le temps qu’il leur faudra pour détruire eux-mêmes leur crédibilité. La déflation ne peut qu’accélérer ce processus. Remarquons également qu’il y a des effets potentiellement bénéfiques à la faillite de l’Etat.

Les gouvernements seront par exemple à nouveau dépendants de l’obtention de recettes par la fiscalité et non par la dette, ce qui devrait conduire à arrêter leur expansion… ». Mais surtout : « …Alors que l’inflation durable est basée sur un monopole d’Etat, la déflation fait souffler l’air frais du libre marché. Les véritables élites doivent leurs positions de leaders uniquement au soutien volontaire des autres membres de la société. Elles n’ont rien à craindre de la déflation qui diminue la masse monétaire, parce que leur succès est fondé sur l’offre de biens et de services utiles.

Elles offrent à leurs concitoyens des services qui subsisteraient même si la masse monétaire ou le niveau de prix changeaient. De fait, beaucoup de nos élites d’aujourd’hui sont de fausses élites, c’est-à-dire des entrepreneurs politiques. Ces gens doivent leur revenu et leur pouvoir à des privilèges qui les protègent de la concurrence et les enrichissent au détriment de tous les autres.

Et le sort de beaucoup d’entrepreneurs politiques est directement ou indirectement lié au monopole de la banque centrale. C’est seulement grâce à ce monopole que la banque centrale peut créer une expansion de la masse monétaire presque sans limites. Et cette inflation à son tour finance l’expansion presque illimitée de toutes les activités de l’Etat. Pour atteindre et maintenir ces positions dominantes, beaucoup consacrent leurs efforts à du lobbying auprès de la banque centrale, au lieu d’améliorer la qualité de leurs produits… ». On ne saurait mieux dire…

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